Je suis comme un écrivain à qui la critique
refuse la publication de son oeuvre,
mais moi ce sont mes réves que l'on me refuse.
Je ne suis qu'éphémère,
mais ma pensée elle est éternelle.
Mais sais-tu que mon héros à moi me sauvera de tous les dangers, il ne m'en créera pas contrairement à toi.
Je me sens si mal je sais qu'il y a un malaise en moi, il se passe quelque chose de pas normal en moi même, j'ai peur; j'ai mal, oh si mal. Il n'y a aucune explication pourtant les conséquences sont là, je me traine comme je peux, aucun médicaments ne peux me soigner la douleur est la en moi. Comme si dans mon étre nous étions deux, deux à respirer, deux à se nourrir, comme si je devais supporter en plus de mon poids celui d'un autre était enchainé au mien. Je me sens lourde et mal, comme si ma téte allait éclater, comme si j'allais tomber et m'écrouler, mais je tiens il le faut, mes larmes ne doivent pas transpirer sur mes joues. Je croule sous le poids de ma douleur, oh mais j'ai mal si mal.
Oui, la vie est pour vous un chemin triomphal.
Mais, qui sait des destins les marches éternelles?
Riche, aimée à genoux, belle entre les plus belles,
Ce soir, peut étre, après les fiévres du bal,
Vous sentirez la mort dasn un frisson fatal;
Et votre blond cadavre aux vitreuses prunelles
Ira pourrir dans son doux linceul de dentelles,
Puis, se perdre, anonyme, au tourbillon vital.
Or, qui sait? Votre coeur ira fleurir, peut étre
L'oeillet qu'une ouvrière arrose à sa fenêtre
Et cet oeillet, un soir, vendu sur le trottoir,
Celui qui maintenant vous roucoule : " Ô mon âme!"
L'offrira dans des Louis à quelque fille infâme...
-Et vous les entendrez gémir dans le boudoir.
Jules Laforgue